[ PHOTOGRAMME ]
 

 

STÉNOPÉ, ou la simplification du piège à lumière

Introduction

L’étymologie du nom français "sténopé"(du grec stenos, étroit et ope, trou) ne nous renseigne que partiellement sur la definition de l’objet en question . Le terme anglais "pinhole camera", apparu en 1856, est, à cet égard, plus explicite : appareil photo avec un trou d’épingle.
Ainsi, la photographie au sténopé est une photographie où le système optique n’est pas composé d’un ensemble de lentilles mais d’un simple trou.
Contrairement à une opinion répandu, si le principe du sténopé en tant que Camera Obscura est connu et décrit depuis l’antiquité et signalé à de nombreuses reprises jusqu’à la renaissance, ce n’est pas le sténopé qui a marqué les débuts de la photographie mais bien la lentille. Il n’a été utilisé en photographie qu’à partir de la fin des années 1850. La seconde moitié du XIXème siecle voit en effet le développement et l’apogée du sténopé avec le "pictorialisme".
Tombé en désuétude dans la première moitié du XXème siècle, du fait du développement rapide de la photographie instantannée, il fut remis au goût du jour aux Etats-Unis dans les années 60-70.
Mais, il constitut , à partir de cette époque , au-delà de l’aspect technique et anecdotique, un mode d’expression à part entière, à considérer actuellement moins comme un substitut (ou pire, à une initiation aux techniques) de la photographie que comme un "cousin" de la photographie tel que nous l’entendons, avec ses contraintes, ses spécificité et ses limitations.


Quels sont les avantages et les inconvénients du sténopé?

Les avantages du sténopé sont nombreux (n’oublions pas que Ansel Adams lui-même a réalisé un certain nombre de ses paysages avec le couple chambre/sténopé!). La mise au point n’est plus un problème puisque , dans le cas idéal, la netteté est présente de 0 (ou presque) à l’infini .... Par ailleurs, l’absence de système optique est synonyme d’absence d’aberrations optiques. Ce phénomène est particulièrement intéressant dans l’utilisation de "grand angle" en sténopé.
Un autre avantage est la simplicité de construction puis de mise en oeuvre de ce procédé... carton, papier aluminium et colle suffisent souvent pour débuter. Enfin, la prise de vue est discrète et silencieuse...voire écologique!
En revanche, le principe même du sténopé fixe ses limitations: difficile en effet de faire un reportage sur une course automobile, voire de s’adonner au portrait (à moins d’avoir un modèle capable de supporter une immobilité parfaite de plusieurs secondes...demandez à mon fils!).
Il existe des problèmes de diffraction de la lumière sur les bords du trou (sensible essentiellement sur les trous de faible diamètre), limitant les prises de vue en contre-jour et/ou en cas de grand soleil.
La manipulation et le chargement des plan-films ou du papier photo peuvent s’avérer difficiles, surtout à l’extérieur. Enfin, les films sont en général mal adaptés à cette technique (problème de défaut de réciprocité)


Quel est l’intérêt du sténopé pour les procédés?

Le principal avantage est de pouvoir produire directement et à frais (relativement) réduits des négatifs (film ou papier) de grands voire de très grands format directement utilisable pour les procédés.
En marges de cet avantage majeur, le sténopé permet d’aller jusqu’au bout de la démarche de la photographie "autrement" (et plus encore, de la "handmade photography"), en se dégageant de l’aspect technique pur de la photographie moderne, en simplifiant les procédures


Comment fabriquer un sténopé?

Comme rarement en photographie, le matériel de base pour la construction d’un sténopé ne dépends que de l’imagination, de la détermination ou de la folie du constructeur...la liberté la plus totale est permise!
Passons rapidement sur les sténopés fabriqués sur une base d’appareils anciens ou modernes (appareils détournés ou simple bouchon de boitier), permettant de conserver le mécanisme d’entraînement ou de support du film et donc d’utiliser facilement les pellicules 120 ou 135, du Polaroïd ou des châssis. Plus intéressant sont les détournement d’emballages divers (boites diverses, de gâteau, de thé, de café, bouteille...), de matériaux naturels (coquille de crabe, bouche humaine, poing fermé...), utilisation d’objet de l’environnement (trou dans un mur ou dans le sol, pièce, corbeille à papier scellée...)...
J’ai personnellement commencé avec un sténopé de très belle facture acheté à notre ami Jacques Collet, dont je me sers toujours principalement. J’ai depuis construit moi-même quelques "boites" et adapté des trous sur divers boîtiers anciens ou modernes.
En fait, seuls deux points sont vraiment importants:
1) Il faut connaître les quelques formules mathématiques indispensables au calcul des différents paramètres de la construction et de l’exposition;
2) la qualité du trou détermine la qualité de l’image.


Formulaire à l’usage du constructeur de sténopé...

Voici les quelques formules que j’utilise (sans leur démonstration, bien trop fastidieuse!)
Bien que ce soit un abus de langage, nous appellerons "longueur focale" ou "distance focale" la distance entre le plan-film et le trou.
1) il faut savoir qu’à chaque longueur focale correspond un diamètre de trou optimal (qui dépends en fait de la longueur d’onde, mais pour simplifier, on utilise une longueur d’onde " moyenne ")
De nombreuses formules de calcul du diamètre optimal existent mais celle ci me conviens bien!
A= Ã0,000055F
avec
A: diamètre du trou
F: longueur focale
2) Le cercle image produit par un trou optimal est égal à 3,5 fois la longueur focale.


Je l’ai vérifié en construisant un sténopé à partir d’une boite de plan-films 4"x5", soit une longueur focale d’environ 16 mm, qui produit une image circulaire d’environ 55 mm de diamètre sur le film...La focale minimale pour couvrir un 4"x5" serait donc 35 mm et un 8"x10" 70 mm (sans tenir compte du vignettage). Compte tenu du prix des optique grand format, et surtout des grands angles à aberrations optiques faibles, c’est le rêve!!!
3) le diaphragme de la chambre, une fois connu le diamètre du trou et la longueur focale se détermine de la manière suivante:
f=F/A
avec
f: diaphragme
A: diamètre du trou
F: longueur focale


Du trou et de sa difficulté

On ne le répétera jamais assez, c’est la qualité du trou qui fait la qualité de l’image. Il doit être circulaire et de diamètre régulier (mais rien empêche de faire des expériences avec des trous ovales, carrés, en étoile, de fentes, plusieurs trous...).
La solution de facilité consiste à acheter un trou tout prêt ... pour cela se reporter sur les références Internet et commander son lot de trou qui arrivera en quelques jours par la poste...
Mais la confection du trou n’est pas si difficile que ca, à condition de respecter certains principes.

a) Fabrication du trou
Bien que le matériau idéal décrit dans la littérature soit le laiton, il est plus facile de trouver des feuilles d’aluminium de qualité, pour un résultat équivalent. La technique généralement utilisée pour percer un trou de faible diamètre est la suivante: une épingle permet de percer le trou (1), puis on utilise du papier de verre très fin afin d’ébarber le cône de sortie de la pointe de l’aiguille (2). Un deuxième passage de la pointe de l’aiguille permet de régulariser la circonférence du trou (3).



b) Vérification du diamètre et de la régularité du trou
Un fois le trou fabriqué, reste a connaître son diamètre (on ne perce pas un trou de 0,238 mm... on perce un trou et on constate a posteriori qu’il fait 0,238 mm!). La méthode la plus simple consiste à projeter le trou (projecteur de diapo ou rétroprojecteur) en même temps qu’une mesure étalon (par exemple un calque millimétré ou un morceau de double décimètre) et de faire le rapport des deux mesures. Sur le même principe, si on possède un scanner avec une haute définition, on peut utiliser l’outil informatique pour mesurer le trou, soit avec un logiciel de dessin, soit avec un logiciel d’analyse d’image (sous Mac, j’utilise pour cela un freeware assez extraordinaire qui s’appelle "NIH Image" qui permet entre autre les mesures de distance et de surface). Evidement, toutes ces étapes peuvent être évitées au prix de nombreuses expériences et d’un risque de découragement... Il faut enfin toujours se souvenir que le but n’est pas de construire l’objet, ce qui peut être grisant et devenir un but en soi, mais d’obtenir des images!


J’ai mon sténopé, qu’est-ce que je fais maintenant?

Des images!
Là encore, plusieurs écoles:
- ceux qui chargent avec du papier photo, qu’ils utilisent après comme négatif papier;
- ceux qui utilisent des plan films ou des films;
- ceux qui mesurent la lumière, qui convertissent le temps et qui le mesurent avec un chronomètre;
- ceux qui font tout au hasard...
Comme toujours, pas de dogme, l’important est d’avoir des images in fine !
Ma technique: j’utilise du film ou du plan film, je mesure la lumière, en convertissant les temps de pose et en jouant avec Schwarzschild, mais je compte à haute voix. En ce qui concerne les films: tout passe en noir et blanc (il faut penser a compenser l’effet Schwarzschild à l’exposition mais aussi au développement), mais par contre, le négatif couleur et le Polaroïd couleur sont très décevant (dérive des dominantes...). Une mention spéciale pour un film inversible qui semble avoir été conçu pour le sténopiste: le Provia 100F, donne des images extraordinaires, en brillant par sa réciprocité parfaite jusqu’à 120 secondes... il y a de la marge!


Référence bibliographique

Le livre incontournable (et quasiment unique sur le sujet, tant il est exhaustif!) est " Pinhole photography, rediscovery of a historical technique, 2nd edition " d’Eric Renner (ISBN: 0-240-803507 ). On peut le trouver à La PhotoLibrairie, avenue de Villiers, Paris XVII (ils vendent par correspondance) ou sur Internet (www.amazone.com).
E.Renner est un des plus fervent défenseur et promoteur du sténopé outre-Atlantique (il a une fondation, donne des cours, édite un journal "The Pinhole Journal", etc.) . Son site (voir plus bas) vends en ligne des sténopés, des trous tout prêt (de tres bonne qualité) et de nombreux livres dédiés au sténopé.


Références Internet

Les références Internet sont très nombreuses (il suffit de prendre "pinhole" comme mot clé dans votre moteur de recherche favori pour vous en rendre compte) et souvent d’excellents niveaux. Elles sont malheureusement le plus souvent en anglais.
Voici des textes de bases, quelques adresses de vente en ligne consacrées au sténopé et quelques beaux sites:
- à tout seigneur tout honneur, le site d’E Renner: "The Pinhole Resource", http://www.pinholeresource.com
- Pinhole Vision: un site extremement complet!
http://www.pinhole.com/
- ZeroImage: un fabriquant d’un superbe petit stenope 120
http://www.zeroimage.com/
- the pinhole webring
http://www.geocities.com/pinhole_ring/
-The Penultimate Pinhole Photography Site: un autre site extremement complet!
http://www.airtime.co.uk/pinhole/
- un site pour calculer les paramètres d’un sténopé: très pratique!
http://pweb.netcom.com/~lfratkin/index.html
-Edward Levinson: Cityscapes Exhibit: superbe!
http://www.pinhole.com/exhibits/cityscapes/exhibit.html
-la porte d’aval: sténopé et Kallitype!
http://Btopia.knoware.nl/Bsers/philippe/
 
 
Christophe FROT
cfrot@wanadoo.fr


 

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